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A la rencontre des Survivants de la Shoah au foyer de Haïfa

Eté 2010

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A la rencontre des Survivants de la Shoah au foyer de Haïfa

Lors d’une visite au foyer pour survivants de la Shoah, début juillet 2010, une équipe de l’ICEJ a trouvé les ouvriers occupés aux derniers travaux de rénovation, alors que quelques survivants âgés s’installaient déjà, impatients de commencer une nouvelle vie dans ce foyer très spécial géré par l’association israélienne Yad Ezer L'Haver (« Main tendue à des amis »).

Le directeur de Yad Ezer, Shimon Sabag, prépare une cérémonie d’inauguration pour le 9 septembre en présence de nombreuses personnalités, dont le président Shimon Peres, le premier ministre Benjamin Netanyahu, plusieurs ministres et membres de la Knesset, ainsi que les deux Grands Rabbins d’Israël. L’ICEJ sera honorée à cette occasion en tant que donatrice principale pour ce foyer, reconnu comme un modèle d’assistance aux milliers de survivants de la Shoah qui vivent aujourd’hui en Israël dans la pauvreté, la maladie et la solitude.

Dès la fin juillet, 80 résidents sélectionnés parmi une longue liste d’attente ont été installés dans leur chambre. La plupart n’ont eu que quelques maigres possessions à faire transporter. Par contre, c’est chargés des lourds souvenirs des souffrances passées qu’ils sont arrivés, ainsi que du poids toujours présent de leur solitude et de leurs problèmes de santé.

Dans une suite de deux chambres, 4 dames ont emménagé ensemble, toutes survivantes d’Auschwitz et des odieuses expériences du Dr Mengele. Dans une autre se sont regroupés 5 amis qui étaient restés en contact depuis leur libération du même camp de concentration il y a 65 ans. Combien leur attente était touchante à voir !

Sara Movshowitz est arrivée au foyer plusieurs semaines à l’avance. Veuve, elle a vécu seule dans un HLM vétuste et ne possède rien d’autre que ses vêtements et quelques effets personnels. Mais son « bagage » émotionnel est énorme.

Née en Roumanie en 1927, Sara était adolescente lors de la 2ème Guerre Mondiale. Elle se rappelle le jour où les Juifs ont été chassés de chez eux comme des chiens, sans pouvoir rien prendre, les haut-parleurs leur vociférant l’ordre de quitter leur maison. Les soldats nazis étaient des hommes cruels qui prenaient un malin plaisir à les terroriser. « Dès qu’on les voyait arriver, on se terrait de peur. Ils nous frappaient souvent sans raison, et la vie dans le ghetto devenait très difficile. Nous avons vu des choses terribles que je n’oublierai jamais », raconte Sara.

Aujourd’hui, Sara porte toujours un numéro tatoué sur le bras. Elle relève d’un infarctus et souffre d’un œdème pulmonaire. Mais pour elle, ce foyer est une lumière au bout du tunnel après toutes ses épreuves : des médecins et infirmières bénévoles sont là, maintenant, pour veiller sur sa santé.
Micah Merom fait aussi partie des premiers arrivants. Pendant des années il a vécu dans des abris de fortune. Alors, ce foyer providentiel, c’était sa dernière chance.

Micah est né à Budapest en 1943, et a survécu à des atrocités alors qu’il était bébé. Son père interné dans un camp de travail, sa mère a dû lutter seule contre la faim et la maladie. Atrocement marqué dans son psychisme, Micah ne s’est pas développé normalement et sa santé est chancelante.
Finalement, Micah s’est installé en Israël, s’est marié, a eu trois filles et a bien réussi dans les affaires. Mais en 2003, un divorce l’a privé de tout lien avec sa famille. Ses efforts de réconciliation ont été vains, et ses énormes dettes l’ont conduit à la faillite. La dépression, les insomnies et les pensées suicidaires lui empoisonnent la vie, sans compter les problèmes de diabète, de tension artérielle et de maladie cardiaque. Mais après sa première nuit au foyer, Micah était heureux d’avoir enfin une chambre à lui, des repas assurés et des amis bienveillants.

David Gitzberg, 86 ans, a longtemps souffert du froid glacial et de la faim dans plusieurs ghettos et camps de concentration allemands. Je n’ai pratiquement rien mangé pendant trois ans. Je n’avais que la peau sur les os et me sentais très faible, mais j’ai réussi à survivre, le seul de ma famille.

David est arrivé en Israël en octobre 1990. Il est marié et a deux fils qui vivent à l’étranger. Le couple bénéficiait déjà des repas offerts par Yad Ezer avant de s’installer au foyer.

Shimon Sabag avait d’abord fondé un petit foyer pour 16 survivants de la Shoah, après avoir découvert avec stupéfaction combien d’entre eux vivaient dans la pauvreté. Il avait ouvert une sorte de « restau du cœur » à Haïfa et avait aussitôt remarqué qu’un grand nombre de ceux qui faisaient la queue portaient un numéro tatoué sur le bras. « Cela m’avait donné des frissons… j’avais toujours pensé que ces personnes étaient prises en charge », dit-il.

L’ICEJ s’était alors associée en partenariat avec Shimon, en janvier, afin d’agrandir le foyer, en prenant en charge l’achat et la rénovation d’un immeuble voisin de quatre étages. Et voilà qu’un autre immeuble de trois étages dans la même rue vient d’être proposé à Yad Ezer pour le prix très raisonnable de 250.000 Euros. Ce nouveau local pourrait héberger 50 survivants supplémentaires sur la liste d’attente actuelle qui est de plus de 1.800 !

 

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